Le thé est responsable de modifications épigénétiques du gène FOXO1A, réduisant la mortalité des sujets âgés.

Notre environnement a une influence sur notre patrimoine génétique (notre génôme) par des modifications dites épigénétiques. Les sujets, et donc leurs gènes, sont en effet soumis à de nombreux facteurs environnementaux : maladies, alimentation, médicaments, toxiques, pollution, activité physique, stress, lieu et hygiène de vie, qui peuvent modifier leurs cellules et leur ADN. Ainsi, malgré des patrimoines génétiques initiaux identiques, deux jumeaux peuvent évoluer génétiquement différemment en fonction de leurs environnements respectifs. Un des principaux mécanismes responsable de l’épigénétique est la méthylation de l’ADN.  Certains gènes peuvent être « allumés » ou « éteints » par des méthylations de l’ADN et/ou des modifications des histones, ces protéines sur lesquelles s’enroule l’ADN pour former la chromatine. Ces modifications chimiques ne changent pas la séquence de l’ADN. Ainsi, la cellule reçoit en permanence toutes sortes de signaux issus de l’environnement, de manière à ce qu’elle se spécialise au cours du développement, ou ajuste son activité à la situation. Ces modifications épigénétiques peuvent être transitoires, ou définitives, persistant alors que le signal qui les a induites disparaît. Contrairement aux mutations génétiques qui sont irréversibles, le « marquage » épigénétique peut changer. Un simple changement d’environnement peut modifier le fonctionnement des gènes dont nous héritons à la naissance, et donc de notre « phénotype »

La protéine humaine codée par le gène FOXO1A (chromosome 13) agit comme facteur de transcription de gènes clefs de la signalisation de l'insuline. Ce gène FOXO1A est associé à une plus grande longévité dans certaines populations Chinoises, ainsi que dans l’étude de cohorte de Framingham. Le variant FOXO1A-209 seul est lié à une surmortalité, mais lié à l’exercice physique régulier du sujet, est associée à une augmentation de la longévité.

Parmi les facteurs environnementaux pouvant influencer la longévité, le thé semble réduire la mortalité par maladie cardio-vasculaire et par cancer. Le gallate d'épigallocatéchine (EGCG) est le flavanol le plus abondant du thé, connu pour être un puissant antioxydant.  L’EGCG du thé vert active l’expression du gène FOXO3A, inducteur de récepteurs aux estrogènes, permettant d’inhiber le phénotype invasif de cellules tumorales mammaires chez la souris.

Une équipe internationale a étudié le rôle de certains facteurs environnementaux, et notamment la consommation de thé sur l’expression allèlique du gène FOXO1A dans une population issue de l’enquête longitudinale Chinoise Santé et Longévité. Deux cohortes de sujets de plus de 91 ans ont été évalués, l’une de 910 sujets suivie en 1998, l’autre de 1671 sujets observés en 2008-2009. Les résultats montrent que la consommation régulière de thé était statistiquement liée à certains génotypes de FOXO1A et à une augmentation significative de la longévité. Notamment, la consommation régulière de thé réduisait significativement la mortalité principalement chez les sujets de génotype FOXO1A-209, par rapport aux sujets n’ayant pas ce génotype. Le thé semble ainsi, inhiber chez l’humain âgé, le rôle négatif de ce génotype sur la mortalité. Le thé pourrait réduire l’impact négatif sur la longévité de FOXO1A-209 en inhibant son expression génomique et ses fonctions biologiques délétères. Ces résultats ouvrent de nouvelles perspectives de recherche et de thérapeutiques, en terme d’épigénétique et de facteurs environnementaux, notamment alimentaires.

 

Zeng Y,  Chen H, Ni T : Interaction Between the FOXO1A-209 Genotype and Tea Drinking Is Significantly Associated with Reduced Mortality at Advanced Ages. Rejuvenation Research 2016 ; 19 : 195-203.

Par le Docteur Christophe de JAEGER