Hétérogénéité du vieillissement physiologique humain

Par le Docteur Christophe de JAEGER

Les modifications dues au vieillissement ne sont pas identiques chez tous les individus d’une même espèce. De même, chez un sujet donné, leurs modes d’apparition, leurs rythmes et leurs ampleurs varient selon les cellules, les tissus ou les organes.

Le vieillissement est un processus lent et insidieux. Certains de ses effets ne deviennent mesurables par nos techniques d’explorations habituelles qu’après avoir déjà été responsable de lésions sérieuses ou de maladies. À titre d’exemple, les conséquences de l’artériosclérose se manifestent rarement avant 50 ans, et pourtant les lésions artérielles commencent souvent à apparaître avant l’âge de 20 ans ! De la même manière, la glycémie (concentration de sucre dans le sang) à jeun est en apparence peu affectée par le vieillissement. En revanche, en utilisant un test dynamique, telle une hyperglycémie provoquée orale, on peut observer des anomalies de la régulation glycémique. Il en est de même pour l’index cardiaque (débit cardiaque par minute et par mètre carré de surface corporelle), la fonction rénale, la vitesse de conduction nerveuse, la fonction respiratoire, etc. Qui plus est, l’adaptabilité à l’effort d’un système physiologique diminue avec le vieillissement. L’effort constitue donc une technique sensibilisatrice aux pertes de performances secondaires au vieillissement correspondant à l’une des caractéristiques du vieillissement de l’organisme qui est la perte de ses facultés d’adaptation à l’effort.

Les premières études sur les normes du vieillissement portaient sur des échantillons que l’on pensait représentatifs de la population âgée. Toutefois, comme la prévalence des maladies chroniques augmente avec l’âge, une bonne partie des pertes fonctionnelles observées dans ces études étaient le résultat de maladies plutôt que du vieillissement propre. Des études plus récentes remettent donc en question la nature inévitable du déclin fonctionnel dû au vieillissement. L’existence d’un vieillissement “ idéal ” nous montre qu’il est possible de vieillir sans pertes fonctionnelles excessives. Ainsi, pour certaines fonctions, les régulations physiologiques demeurent très efficaces jusqu’à un âge avancé, tandis que, pour d’autres, elles subissent un déclin précoce. Ces variations peuvent bénéficier d’un dépistage précoce (bien avant qu’une maladie ne s’installe) permettant ainsi de limiter, voire d’inverser, certaines dégradations physiologiques. Il s’agit là de notions fondamentales que trop de gens ignorent ou préfèrent continuer d’ignorer.